La flambée des prix du gaz rappelle combien l’Union européenne reste exposée aux crises d’approvisionnement. Sept mois après le début de la guerre contre l’Iran, le blocage de fait du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement près d’un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial, entretient les tensions sur les marchés. Le 30 septembre, le contrat de référence TTF s’échangeait à 72,35 euros le mégawattheure, contre 31,96 euros le 27 février, soit une hausse d’environ 126 %.
Dans ce contexte, l’énergie solaire joue le rôle d’un bouclier énergétique : selon une analyse de SolarPower Europe, sa production a permis d’éviter 37,4 milliards d’euros de coûts liés aux importations de gaz. Ces économies d’énergie traduisent surtout une réduction des importations nécessaires pour répondre à la demande électrique. Le solaire a d’ailleurs fourni 25 % de l’électricité de l’UE en juin, devenant sa première source individuelle ce mois-là. Pour les ménages et les entreprises, l’enjeu dépasse la facture immédiate : accélérer la transition énergétique peut renforcer la sécurité énergétique et l’indépendance énergétique de l’Europe face aux prochaines crises.
37,4 milliards d’euros : comment le solaire amortit la crise énergétique de l’UE
L’estimation de SolarPower Europe repose sur le gaz que la production photovoltaïque a permis de ne pas utiliser pour produire de l’électricité. Quand les panneaux couvrent une partie de la demande, les centrales à gaz sont moins sollicitées et l’Union européenne a besoin d’importer moins de combustible. Les 37,4 milliards d’euros correspondent ainsi à une facture évitée, et non à un versement direct aux consommateurs.
Cette réduction des importations prend une importance particulière lorsque les approvisionnements sont perturbés. La hausse du TTF entre la veille du conflit et la fin septembre illustre la rapidité avec laquelle une tension géopolitique peut se répercuter sur les marchés européens. Le solaire ne supprime pas cette exposition, mais il limite la quantité de gaz nécessaire pour produire l’électricité.
Les chiffres et leur contexte sont également détaillés dans un article consacré aux économies réalisées grâce au solaire. La portée du résultat tient donc autant au montant annoncé qu’à la protection offerte contre la volatilité des combustibles fossiles.

Une production record qui change la place du solaire
En juin, l’énergie solaire a fourni un quart de l’électricité de l’Union européenne. Ce seuil en fait la première source individuelle du mois, devant les autres filières prises séparément. Les données nationales montrent une contribution marquée de l’Allemagne, de l’Espagne et de la Pologne, comme le rapporte ce bilan sur la production solaire européenne en juin.
Pour une entreprise qui consomme davantage en journée, cette production peut coïncider avec une partie de ses besoins et diminuer le recours à l’électricité issue des combustibles fossiles. À l’échelle du réseau, l’effet dépend toutefois de la météo, de la demande et de la capacité à déplacer ou stocker l’électricité. Le solaire réduit la dépendance au gaz, mais ne garantit pas à lui seul une alimentation constante.
Énergies renouvelables : pourquoi la diversification reste indispensable
Les résultats du deuxième trimestre 2026 montrent à la fois les progrès et les limites du changement de mix. Selon les données d’Eurostat citées dans l’analyse, les sources renouvelables ont représenté 54,1 % de l’électricité produite dans l’UE, contre 54,3 % un an plus tôt. La production électrique totale a progressé de 3,2 % sur un an, tandis que celle du gaz augmentait de 3,9 % et celle des renouvelables de 2,8 %.
Le solaire a néanmoins gagné du terrain à l’intérieur du bouquet renouvelable : il en représentait 41,6 %, contre 37 % à la même période l’année précédente. Le gaz conservait une part de 13,3 % de la production électrique. Ces évolutions illustrent un point essentiel : une forte progression photovoltaïque ne suffit pas toujours à faire baisser la part des centrales fossiles si la demande augmente ou si l’éolien et l’hydroélectricité produisent moins.
| Indicateur | Valeur communiquée | Ce que cela indique |
|---|---|---|
| Économies attribuées au solaire | 37,4 milliards d’euros | Coûts d’importations de gaz évités selon l’analyse de SolarPower Europe |
| Part du solaire dans l’électricité de l’UE en juin | 25 % | Le solaire devient la première source individuelle du mois |
| Part des renouvelables au T2 2026 | 54,1 % | Légère baisse par rapport aux 54,3 % du T2 précédent |
| Part du solaire dans la production renouvelable au T2 | 41,6 % | Progression par rapport aux 37 % enregistrés un an auparavant |
| Part du gaz dans la production électrique au T2 | 13,3 % | Le gaz reste mobilisé malgré la majorité renouvelable |
Pour Jonathan Bruegel, analyste à l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis, ces données soulignent l’intérêt d’un mix diversifié. L’hydroélectricité, l’éolien et le solaire ne répondent pas aux mêmes conditions météorologiques : associer ces filières au stockage et à des solutions de flexibilité aide à limiter le retour du gaz lorsque l’une d’elles produit moins.
L’Espagne montre l’effet sur les prix de gros
Depuis 2019, l’Espagne a ajouté plus de 40 gigawatts de capacités éoliennes et solaires, doublant sa capacité dans ces deux filières. Ember estime que cette expansion a réduit de 75 % l’influence des centrales fossiles coûteuses sur le prix de l’électricité, par rapport à 2019. Un gigawatt de puissance peut, à titre indicatif, correspondre à la consommation annuelle d’environ 876 000 foyers si chacun utilise 10 000 kWh.
Sur les marchés de gros, la centrale la plus coûteuse appelée pour satisfaire la demande fixe souvent le prix horaire. Lorsque le solaire et l’éolien, dont les coûts de production sont plus faibles, couvrent une plus grande part des besoins, les centrales à gaz sont moins souvent déterminantes. Cette évolution ne fait pas disparaître les variations de prix, mais elle peut réduire leur dépendance au coût du combustible.
Le Royaume-Uni a aussi illustré le rôle de la production renouvelable : le 26 mars, son éolien a atteint 23 880 mégawatts, un niveau suffisant, selon les chiffres rapportés, pour alimenter 23 millions de foyers. Durant cette période, l’éolien a fourni plus de la moitié de l’électricité britannique et la production au gaz est tombée à 2,3 %. L’exemple souligne qu’un réseau capable d’intégrer plusieurs sources propres peut évincer temporairement une partie de la production fossile.
Stockage et flexibilité : les conditions d’une sécurité énergétique durable
Le solaire produit selon l’ensoleillement, pas nécessairement au moment où la demande est la plus forte. Des batteries peuvent conserver une partie des surplus de la mi-journée pour les restituer plus tard, tandis que la gestion de la demande permet de déplacer certains usages. Les solutions de stockage, notamment la réutilisation de batteries de véhicules électriques, font partie des pistes présentées dans cet article sur le stockage des surplus solaires et éoliens.
Walburga Hemetsberger, directrice générale de SolarPower Europe, résume l’enjeu : chaque mégawattheure solaire réduit la dépendance aux combustibles importés. Elle estime que l’électrification, le développement des renouvelables et des flexibilités non fossiles, dont le stockage par batteries, peuvent protéger l’Europe contre de futures flambées de prix.
- Développer les capacités solaires pour réduire la quantité de gaz nécessaire à la production électrique.
- Associer plusieurs énergies renouvelables afin de compenser les variations de production liées aux conditions météorologiques.
- Déployer le stockage et la flexibilité pour mieux faire correspondre la production solaire aux heures de consommation.
- Accélérer l’électrification en l’accompagnant d’une production locale bas carbone, afin de diminuer l’exposition aux combustibles importés.
Ces leviers sont complémentaires : installer des panneaux sans adapter le réseau et les usages limite une partie de leur potentiel. La sécurité énergétique repose donc autant sur la production locale que sur la capacité à la stocker, la transporter et la consommer au bon moment.

La progression de la filière ne garantit pas encore une indépendance énergétique complète. Les chiffres du deuxième trimestre montrent que le gaz reste présent même lorsque les renouvelables dépassent la moitié de la production. Le solaire constitue un amortisseur puissant, mais son effet durable dépend d’investissements coordonnés dans les réseaux, le stockage et les autres moyens de production bas carbone.
Questions fréquentes sur les économies d’énergie solaire dans l’UE
Comment le solaire a-t-il permis d’économiser 37,4 milliards d’euros ?
Selon SolarPower Europe, l’électricité solaire a remplacé une partie de la production qui aurait nécessité du gaz importé. Le montant correspond à des coûts d’importation évités, et non à une somme directement versée aux consommateurs.
Pourquoi le solaire ne supprime-t-il pas la dépendance au gaz ?
La production photovoltaïque varie avec l’ensoleillement et ne couvre pas à elle seule toutes les heures de consommation. Le gaz reste mobilisé lorsque la demande est élevée ou que les autres sources renouvelables produisent moins.
Quel rôle jouent les batteries dans la transition énergétique ?
Elles peuvent stocker une partie de l’électricité produite en période ensoleillée et la restituer lorsque la production baisse. Elles contribuent ainsi à la flexibilité du réseau et à une meilleure utilisation des énergies renouvelables.
Le solaire a-t-il été la première source d’électricité de l’UE en 2026 ?
En juin, il a fourni 25 % de l’électricité de l’Union européenne et est devenu la première source individuelle pour ce mois. Ce résultat mensuel ne signifie pas qu’il domine la production sur toute l’année.