En 2026, la filière française de l’énergie solaire traverse une crise majeure. Alors que le gouvernement affiche une volonté affichée de relocaliser la production et de promouvoir un « Made in France » valorisant l’innovation locale, les chiffres récents de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) révèlent une réalité crue : 88 % des panneaux solaires installés en France proviennent de Chine. Cette dépendance accrue à l’importation met en lumière un effondrement industriel alarmant, accentué par un système de financement public qui, paradoxalement, soutient indirectement la production étrangère via les taxes et impôts payés par les consommateurs français.
Malgré l’importance stratégique de maîtriser une filière énergétique clé pour l’indépendance et la transition écologique, la quasi-majorité du matériel solaire utilisé émane d’un marché asiatique à bas coûts. Cet état de fait s’est renforcé ces dernières années sous l’effet conjugué d’une concurrence internationale agressive et d’une instabilité politique et économique freinant les investissements locaux. L’industrie solaire française semble ainsi condamnée à tergiverser, incapable d’exploiter les effets des dispositifs européens comme le règlement NZIA, et confrontée à une vague de défaillances qui remet en cause ses chances de redressement.
L’effondrement du « Made in France » dans la production de panneaux solaires
Le rapport annuel de la CRE est sans appel. Sur le segment des centrales solaires au sol, la part des fabricants français a chuté de 5 % à seulement 2 % en moins de deux ans. Sur les toitures, la situation est meilleure mais fragile, avec 10 % des panneaux solaires produits localement contre 89 % provenant majoritairement de la Chine. Cette hégémonie confirme le retard pris par l’industrie française face à la concurrence asiatique, basée sur des coûts de production très inférieurs et une politique d’export agressive.
Dans ce contexte, la filière solaire conserve difficilement son ancrage industriel. Photowatt, précurseur historique et dernier fabricant de panneaux locaux, a fermé ses portes en emportant 160 emplois. D’autres acteurs comme Vergnet et Okwind sont en grande difficulté financière ou en pleine restructuration. Selon les syndicats, la filière a perdu près de 6 % de ses effectifs depuis fin 2024.
Le financement public : un soutien paradoxal à l’importation chinoise
Un élément clé du problème réside dans les mécanismes de soutien à la filière solaire financés par l’État via les impôts et les taxes sur l’énergie. Ces dispositifs garantissent un prix de rachat fixe sur vingt ans pour les producteurs d’électricité solaire. Pourtant, ce système, conçu pour encourager le renouvelable, profite largement aux panneaux importés, car les développeurs choisissent avant tout les équipements les moins coûteux pour remporter les appels d’offres.
Cette situation illustre une contradiction : l’effondrement industriel français est financé par les consommateurs eux-mêmes via leur facture d’électricité, créant une dépendance énergétique renforcée. Ce paradoxe est relevé dans plusieurs analyses, notamment sur Selectra et Forbes France.
Conséquences pour l’industrie française et la souveraineté énergétique
Le recul du « Made in France » a des répercussions lourdes. Outre la perte d’emplois directs, ce déclin fragilise une chaîne de valeur stratégique dans un contexte géopolitique tendu. Le contrôle des technologies solaires est crucial pour la maîtrise de la transition énergétique, particulièrement face à la relance du nucléaire et aux risques associés à la dépendance aux importations.
Les fabricants français peinent à trouver des modèles économiques viables. Des projets industriels ambitieux comme Holosolis ou Carbon sont confrontés à une difficile mise en place, entravée par des dispositifs de tarifs d’achat moins attractifs imposés par la dernière loi de finances, dans un contexte de surabondance électrique temporaire.
Les facteurs aggravants du déclin industriel
- Concurrence asiatique à bas coût, notamment chinoise
- Instabilité politique et absence de stratégie claire d’État
- Dispositifs de soutien économique inadaptés, favorisant les importations
- Défaillances successives d’entreprises historiques
- Faible développement de la filière sur le segment domestique – seulement 5 % des maisons équipées en France contre 25 % aux Pays-Bas
| Indicateur | Part de marché faite en France (%) | Part de marché importée de Chine (%) |
|---|---|---|
| Panneaux solaires au sol | 2 | 88 |
| Panneaux solaires en toiture | 10 | 89 |
Perspectives d’avenir : une filière solaire française en équilibre fragile
Malgré les nombreuses difficultés, plusieurs initiatives industrielles tentent de redresser la barre. Si certains acteurs innovants cherchent à capitaliser sur la qualité et la décarbonation du mix électrique français, la route vers une souveraineté complète demeure longue. Des projets comme ceux détaillés sur Sunethic montrent cependant qu’un engagement dans cette voie reste pertinent pour un choix éthique et écologique.
Les enjeux pour l’industrie française sont doubles : il s’agit à la fois de renouer avec une production locale compétitive et de rompre la dépendance structurelle vis-à-vis de la Chine afin de garantir une indépendance durable, indispensable à la maîtrise de la transition énergétique.
Pourquoi 88 % des panneaux solaires en France sont-ils importés de Chine ?
Une combinaison de coûts de production plus bas en Chine, de dispositifs de soutien inadaptés en France et d’une industrie locale fragilisée explique cette domination largement majoritaire du marché chinois.
Comment le financement public français profite-t-il aux panneaux solaires chinois ?
Le prix de rachat de l’électricité solaire subventionné en France incite les producteurs à choisir les panneaux solaires les moins chers pour les appels d’offres, souvent d’origine chinoise, ce qui fait financer par les impôts un produit importé.
Quelles sont les conséquences de cette dépendance sur l’industrie française ?
La dépendance à l’importation contribue à la perte d’emplois, à la désindustrialisation locale et à une vulnérabilité accrue de la souveraineté énergétique de la France.
Existe-t-il des alternatives pour soutenir le Made in France dans l’énergie solaire ?
Oui, certaines entreprises innovantes et initiatives locales encouragent la production française, mais elles doivent encore surmonter les obstacles de compétitivité économique et de soutien étatique.
Quelle est la part de marché des panneaux solaires français sur les toitures ?
En 2026, environ 10 % des panneaux solaires installés sur les toits sont fabriqués en France, soit une présence modeste mais significative face à la domination chinoise.